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L’ACMPA aux candidats fédéraux : Ne tournez pas le dos au Canada rural!

Brenda McAuley avec Kate McDonald, maître de poste au village de Tamworth, Ontario.

Avant l’annonce de l’élection fédérale, notre Présidente nationale Brenda McAuley a publié un éditorial dans le Hill Times, un journal de la Colline du Parlement, intitulé

« Les politiciens seraient renvoyés à l’expéditeur par les électeurs s’ils tournent le dos aux régions rurales du Canada. »

Voici le text de cet article (traduction) :

Comparées aux régions très fortement représentées du Canada urbain, les circonscriptions rurales peuvent sembler peu attrayantes pour les candidats fédéraux. Étant donné que leur population est beaucoup plus dispersée, il est plus difficile et plus exigeant en termes de ressources de faire campagne dans ces circonscriptions. Les circonscriptions rurales résistent souvent au changement, s’accrochant aux habitudes de vote traditionnelles (qui favorisent les conservateurs). Les priorités et les questions d’intérêt des résidents des régions rurales peuvent différer grandement de ceux qui vivent en région urbaine, ce qui est parfois difficile à comprendre pour les politiciens des milieux urbains.

Selon le député conservateur sortant, Larry Miller (Bruce‑Huron), dans une entrevue qu’il a accordée au Global News en avril, les Canadiens des régions rurales n’ont pas de grandes attentes de recevoir des services gouvernementaux au-delà des services de base. Toutefois, au fil du temps, les gouvernements ont appris à leurs dépens que couper ces services de base aux régions rurales leur a énormément nui.

Par exemple, en 1986, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney a appuyé le plan de gestion de Postes Canada de mettre fin à la livraison à domicile dans les nouveaux lotissements ruraux et de banlieues, de fermer 1 700 bureaux de poste ruraux et de passer aux entrepreneurs privés pour s’occuper du reste. Ce changement a entraîné la création d’une organisation communautaire nommée Dignité rurale et peu de temps après, des sections composées de « maires, enseignants, fermiers, pêcheurs, membres du clergé, artistes, étudiants, propriétaires de ranch, maîtres de poste, avocats, aînés, artisans, universitaires et musiciens » se sont formées dans chaque région du pays, comme l’a décrit une lettre envoyée au journal The Ituna News en 1990.

Les objectifs de Dignité rurale étaient de préserver les communautés rurales et de mieux faire comprendre les enjeux ruraux; de travailler pour conserver des services indispensables, comme les bureaux de poste, les trains et la radiodiffusion publique dans le Canada rural ainsi que de communiquer avec le gouvernement, les associations et autres organismes compétents et de représenter les préoccupations des communautés isolées auprès de ceux-ci. Ses membres participaient à des actions créatives comme la Caravane pancanadienne et en janvier 1993, à l’extérieur du nouveau siège social de Postes Canada à Ottawa, ils ont tenu la « bannière de protestation politique la plus longue du monde » qui mesurait 224 mètres et sur laquelle était inscrit le nom de 1 399 communautés canadiennes qui avaient perdu leur bureau de poste depuis 1986.

Quelques mois plus tard, les conservateurs ont pratiquement été écrasés lors des élections de juin 1993 et, un an plus tard, le nouveau gouvernement libéral a imposé un moratoire sur la fermeture des bureaux de poste, promettant que « tant et aussi longtemps que ce gouvernement serait au pouvoir, aucun bureau de poste rural ne serait fermé. »

L’histoire a semblé se répéter en 2015, après un important tollé général à la suite de réductions à Postes Canada appuyées par les conservateurs du gouvernement de Stephen Harper. Cette mesure impopulaire de mettre fin à la livraison à domicile et de privatiser davantage est devenue l’une des cinq grandes questions électorales et les libéraux ont été élus en promettant de mettre un terme au plan de réduction des coûts.

Les bureaux de poste sont les noyaux des communautés rurales et des villages et les petits commerces locaux et les résidents en dépendent encore grandement. Ces fameuses solutions numériques pour envoyer et recevoir du courrier ne fonctionnent pas pour le Canada rural où le service internet n’est pas aussi fiable que dans les régions urbaines. La livraison de colis est de plus en plus cruciale pour soutenir l’économie locale.

Et pourtant, bien que le gouvernement actuel ait fait cesser les réductions d’heures d’ouverture des bureaux de poste ruraux, les communautés rurales du Canada continuent de faire face à la menace de fermetures et de réductions du service lorsqu’un maître de poste prend sa retraite ou lorsque vient le temps de renouveler le bail d’un édifice qui abrite un bureau de poste; des circonstances qui permettent de déjouer le moratoire de 1994. Toute réduction dans un bureau de poste rural porte un coup dur au cœur de sa communauté comme le démontrent des milliers de résolutions prises par les municipalités rurales. La privatisation de notre service postal a un effet très néfaste en régions rurales, car il n’est pas aussi rentable d’y faire affaire.

Les maîtres de poste et autres employés des postes ont milité en faveur des innovations plutôt que des réductions pour renforcer le réseau postal. De nombreux autres pays utilisent leurs bureaux de poste pour une panoplie de services, dont les services financiers, communautaires et des programmes gouvernementaux additionnels. Dans les petites communautés où le bureau de poste est souvent la seule présence gouvernementale, il est donc logique de renforcer et d’optimiser ce réseau. Les bureaux de poste pourraient même faire partie de l’infrastructure large bande en milieu rural. Toutefois, malgré un examen exhaustif qui souscrivait à certaines idées proposées, l’adoption de ces idées est extrêmement lente.

Les libéraux ont créé un nouveau poste au sein du Cabinet pour le développement économique rural qui, à première vue, semble prometteur. Toutefois, nous avons demandé à maintes reprises aux partis politiques qui rivalisent pour obtenir le vote rural ce qu’ils ont l’intention de faire de nos bureaux de poste. Encore une fois, les réponses tardent à venir et nous, les maîtres de poste, au cœur de notre communauté, nous nous en souviendrons. Alors que les régions rurales du Canada ne semblent pas s’attendre à autant sur le plan des services, les gouvernements ignorent les services postaux en milieu rural à leurs risques et périls. Tous les candidats fédéraux devraient garder à l’esprit cette leçon d’histoire.